Par Bruno BELGODÈRE
L’appel d’offres simultané des droits audiovisuels pour les Compétitions de Clubs Masculins de l’UEFA (UMCC) à partir de la saison 2027/28 jusqu’en 2030/31 a révélé ses premiers résultats sur les 5 pays majeurs en Europe.
Mené par UC3, la joint-venture entre l’UEFA et l’association des Clubs de Football Européens (EFC), ce processus visait à répondre à l’évolution rapide du paysage audiovisuel mondial, entre l’ascension des plateformes numériques et la persistance des diffuseurs traditionnels. Les résultats confirment une hausse globale des revenus de l’ordre de 20 %, l’apparition d’un nouvel acteur mais aussi la résilience des diffuseurs déjà en place.
I. Une nouvelle stratégie commerciale innovante
Le lancement de l’appel d’offres par UC3 et son agence, Relevent Football Partners, s’est articulé autour d’une stratégie commerciale novatrice avec une expérience issue des marchés nord-américain.
A) L’approche des « Cinq Grands »
Pour la première fois, l’UEFA a procédé à un appel d’offres simultané sur ses cinq marchés médiatiques majeurs : la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et le Royaume-Uni. Ils représentent 60 % de la valeur globale. Cette synchronisation visait à maximiser la valeur des droits tout en offrant une cohérence contractuelle.
B) Une stabilité accrue et des formats adaptés
- Une nouvelle durée de contrats : L’UEFA a introduit la possibilité d’accords de quatre ans, alignant ainsi la durée des contrats sur d’autres propriétés footballistiques premium. Cette durée prolongée est conçue pour apporter plus de stabilité et de cohérence tant pour les détenteurs de droits que pour les fans. Nous sommes encore loin des 10 ans proposés aux Etats Unis, mais l’UEFA est contrainte par le droit européen (5 ans maximum).
- Le « First Pick Package » Mondial : Une nouveauté majeure est l’introduction d’un « global first-pick package » pour un match par semaine de l’UEFA Champions League (UCL). Ce lot, destiné principalement aux plateformes numériques mondiales, cherchait à capter les nouvelles tendances de consommation et à étendre la portée de la compétition. Il permettait d’acquérir pour chaque journée l’affiche principale avec cependant des contraintes de ne pas diffuser, par exemple, plus d’une fois la même équipe lors des phases de championnat.
- Un Calendrier légèrement remanié : À partir de 2027/28, la saison d’UCL débutera par une affiche le mardi soir (le champion en titre jouant à domicile) dans un créneau exclusif. Puis les journées se dérouleront ensuite le mercredi et le jeudi, garantissant une visibilité maximale pour tous les clubs. Cet appel d’offre devait valider la valeur du nouveau format de compétition, les diffuseurs ayant le retour des 3 premières années de compétition.
II. Les conséquences marché par marché : fragmentation et inflation
Si l’ensemble des chiffres n’ont pas été communiqués, l’issue de cet appel d’offres, jugé « intensément compétitif », semble valider la nouvelle stratégie, se traduisant par une hausse globale des recettes de l’ordre de 20 %.
Comparaison entre le cycle actuel et le nouveau cycle : diffuseurs et montants

Sources: UC3, the Guardian, The Athletic, Enders Analysis, Foot Unis. Les montants sont indicatifs rien n’ayant été confirmé par l’UC3 ou l’UEFA.
III. Que peut-on retenir de ce résultat ?
Les résultats de l’appel d’offres valident le format de compétition, la nouvelle gouvernance du football européen et le choix d’une nouvelle agence.
L’analyse des résultats met en lumière deux tendances structurantes pour l’avenir du marché.
A) La montée des plateformes, mais la résilience des diffuseurs historiques
L’arrivée en force de Paramount+ comme diffuseur principal en Allemagne et au Royaume-Uni est un succès notable pour UC3, validant l’intérêt des plateformes de streaming pour les droits premiums. Selon la presse spécialisée les autres plateformes (notamment Netflix et Appel TV) auraient aussi montré un intérêt.
Toutefois, les acteurs historiques de Pay-TV (Canal+ en France, Telefónica/Movistar en Espagne et Sky sur les droits secondaires) demeurent centraux, conservant la majorité des lots en France, Italie et Espagne. Paramount + est peut-être restreint sur les marchés français et espagnol par ses accords de distribution en cours.
Amazon prime conserve une position stratégique. La société continue d’acquérir des droits premiums dans différents pays.
Le même phénomène a été vu aux Etats Unis lors des derniers appels d’offre. On a assisté à une résilience des diffuseurs historiques et la montée en puissance des plateformes de streaming. A la différence de l’Europe, trois ligues majeures proposent leurs droits (NFL, NBA et MBL). Le marché des droits sportifs est beaucoup plus dynamique surfant sur une croissance économique plus élevée qu’en Europe.
Enfin il faut aussi rappeler que le marché est en pleine mutation où les diffuseurs développent leur propre plateforme de streaming, voire distribue les plateformes tierces et où des opérations de consolidation sont en cours (notamment la vente groupe Warner propriétaire de la plateforme de streaming HBO+).
B) Une fragmentation de l’offre dans certains pays
Pour l’UEFA, la diversification des diffuseurs sur chaque marché est un atout stratégique : elle réduit sa dépendance à un seul acteur et garantit la progression des montants.
Cependant, cette stratégie se traduit par une fragmentation importante pour le consommateur. Au Royaume-Uni et en Allemagne, par exemple, le fan devra souscrire à au moins trois abonnements payants pour suivre l’intégralité du football européen, avec un risque accru de saturation budgétaire et d’un recours au piratage. Cela sans compter d’éventuels abonnements supplémentaires pour suivre les championnats locaux.
Conclusion : L’appel d’offres pour le cycle 2027-2031 sur le territoire des 5 grands championnats marque la victoire d’une stratégie de croissance contrôlée. Ils confirment que, quand cela est possible, la pression des pures plateformes de streaming sur les diffuseurs classiques tire les prix vers le haut. Il en ressort ainsi que le sport reste un atout pour acquérir des abonnés notamment dans le cadre d’une offre des plateformes de streaming plus assez différenciante sur les films et les séries.