Par Arthur DONNADIEU
Cet article propose une analyse de l’évolution de quatre indicateurs clés issus des rapports financiers annuels de la DNCG sur une période de dix saisons, de 2014-2015 à 2023-2024. Les données étudiées portent sur les clubs de Ligue 1 et concernent :
-Les produits d’exploitation
-La masse salariale totale chargée
-Le résultat des opérations de mutation
-Le résultat net consolidé
Contexte structurel
Depuis la saison 2023-2024, la Ligue 1 est passée de 20 à 18 clubs. Les chiffres présentés correspondent donc aux données consolidées des clubs présents chaque saison.
Les produits d’exploitation incluent notamment les revenus de droits audiovisuels (domestiques et européens), le sponsoring, les recettes matchs, et les autres produits (merchandising, séminaires…)
La masse salariale totale chargée comprend la masse salariale brute du personnel administratif des clubs, du staff professionnel, des joueurs professionnels, des joueurs en formation…et des contributions patronales appliquées sur ces salaires.
Le résultat des opérations de mutation correspond aux plus-values sur cessions de joueurs (prix de vente – valeur nette comptable de joueurs cédés – éventuels intéressements à la revente) auquel on ajoute la reprise de provisions sur indemnités de mutation et on retranche les dotations pour provisions dépréciation d’indemnités de mutation.
Enfin, le résultat net est composé des produits d’exploitation auxquels on retranche les charges d’exploitation des clubs, on ajoute ensuite le résultat des opérations de mutation, et on intègre ensuite le résultat financier, le résultat exceptionnel, l’impôt sur les sociétés et les abandons/reprises de comptes courants.
Voici le graphique de l’évolution de ces quatre indicateurs en Ligue 1 de 2014-15 à 2023-24 :

Sur cette période, le taux de croissance annuel moyen est de 7% pour les produits d’exploitation, de 8% pour la masse salariale totale chargée et de 36% pour le résultat des opérations de mutation.
Le total des produits d’exploitation atteint plus de 18 Md€ lors des 10 saisons, celui de la masse salariale totale chargée plus de 14 Md€ (soit 77% des produits d’exploitation), 5 Md€ pour le résultat des opérations de transfert de joueurs et -2,35 Md€ de résultat net agrégé. Sur cette période, seule la saison 2015-2016 a enregistré un résultat net positif (+21 M€).
Le calcul d’un coefficient de corrélation entre les 10 données des produits d’exploitation et celles de la masse salariale s’établit à 0,86 (proche de 1), ce qui permet de supposer de façon assez logique que les deux indicateurs sont fortement corrélés. Le coefficient de corrélation est un nombre entre -1 et +1 qui indique la force et le sens du lien entre deux variables.
- +1 → lien parfaitement positif (quand l’une augmente, l’autre augmente aussi).
- 0 → pas de lien.
- –1 → lien parfaitement négatif (quand l’une augmente, l’autre diminue).
Il y a néanmoins deux facteurs temporaires ayant une forte influence sur deux données. En effet, les autres produits ont connu une forte croissance entre 2021/22 et 2022/23, prolongée en 2023/24. La principale raison provient des différentes échéances de versement CVC aux clubs (en 22/23, en 23/24 et en 24/25), comptabilisées dans les autres produits. Le total des 3 versements de CVC aux clubs (en 3 échéances) avoisine les 1,1 Md€ pour les clubs de L1.
Le second facteur ayant eu un fort impact en 2021/22, concerne les charges salariales, en effet, les clubs ont pu profiter cette saison là d’exonérations de cotisations sociales dans le cadre des aides COVID. Ces aides ont permis in fine de passer d’un taux moyen d’environ 29-30% de contributions patronales à un taux avoisinant les 20%. Soit une économie de plus de 110 M€ de charges en L1.
Le nombre de clubs déficitaires reste élevé ces dernières saisons : 9 en 2023-2024, 11 lors des deux saisons précédentes, contre seulement 5 en 2018-2019.
Si les produits d’exploitation et les produits de ventes de joueurs ont connu une forte croissance depuis la saison 2014-15, les charges d’exploitation et notamment la masse salariale chargée totale a augmenté à un rythme encore plus soutenu. Le déficit global des clubs de Ligue 1 s’est donc creusé (même si les saisons 2019/20 et 2020/21 ont été particulières, subissant de plein fouet la crise du COVID).