Par Denis CHAUMIER

Depuis qu’Arsène Wenger, directeur du développement du football mondial au sein de la FIFA, a élaboré un projet pour l’organisation d’une Coupe du monde tous les deux ans pour les équipes masculines et féminines dès 2028, la planète foot est en ébullition.

Pour la FIFA, l’objectif serait d’offrir plus d’opportunités à de nombreuses nations de se qualifier, et d’accentuer le développement du football partout dans le monde. Appuyée par les confédérations asiatique, africaine et nord-américaine, elle souhaitait profiter de l’occasion pour accélérer la refonte du calendrier international et entériner une proposition qui, selon elle, était soutenue par une majorité de supporteurs.

Cette précipitation était (aussi et surtout) fondée sur une réalité commerciale : la Coupe du monde étant le joyau de la couronne avec, par exemple, 4,6 Md€ de revenus pour le Mondial 2018 (soit 83 % des recettes de l’instance sur la période 2015-2018), l’installer tous les deux ans reviendrait à multiplier par deux ses revenus, et à augmenter sa valeur économique, fût-ce au détriment de sa valeur symbolique et au prix de sa banalisation.

C’était sans compter sur une levée de boucliers partie des rangs européens pour atteindre les pays sud-américains, eux aussi fermement opposés à ce qu’ils qualifient de « bombe », qui saperait la valeur des équipes nationales, affecterait leur visibilité et cannibaliserait le poids des tournois existants.

Du coup, la FIFA se voit contrainte de reculer et, alors qu’elle pensait pouvoir clore l’affaire avant la fin de l’année, sans réelle consultation, elle a décidé de convoquer les 211 fédérations nationales membres en visioconférence le lundi 20 décembre prochain, une réunion qui ne débouchera sur aucun vote. Ce qui ressemble fort à un premier coup d’arrêt pour une réforme très controversée.

Les reproches qui lui sont adressés ? Ils sont multiples : la perte d’identité d’une Coupe du monde qui reviendrait trop vite sur le devant de la scène ; la crainte d’une usure physique et mentale des joueurs, voire la mise en danger de leur santé, lors des phases finales ; et la saturation que provoquerait cette course incessante au gigantisme (rappelons que la Coupe du monde passera à 48 équipes lors de l’édition 2026) et à l’inflation des compétitions.
A quoi il convient d’ajouter les dégâts collatéraux que pourraient subir d’autres événements sportifs majeurs, les dirigeants du Comité International Olympique et de l’Union Cycliste Internationale ayant vivement réagi dans ce sens.

Qu’on ne s’y trompe pas, toutefois : l’UEFA cherche aussi à protéger ses finances, mises à mal après la crise sanitaire. Selon une étude externe et indépendante qu’elle a commandée à l’agence anglaise Oliver and Ohlbaum, l’instauration d’un tel calendrier provoquerait entre 2,5 et 3 Md€ de pertes pour les fédérations européennes sur un cycle de quatre ans (avec deux Coupes du monde). Des pertes principalement liées à la billetterie, aux diffuseurs et aux sponsors. Dans une période où son influence a été mise à mal par quelques grands clubs frondeurs qui ont voulu se défaire de la Ligue des champions et lancer une Super League, elle entend réaffirmer aujourd’hui son rôle de régulateur.
La fuite en avant que suggère le projet de la FIFA représente le énième épisode d’une guerre des calendriers qui n’est pas nouvelle, dans laquelle chaque organisateur veut occuper autant de dates que possible. Une guerre déclarée à tous les étages : la FIFA contre l’UEFA, les Fédérations contre les Ligues professionnelles, les sélections nationales contre les clubs, les continents entre eux, les gros contre les petits. Une guerre sans fin, et sans limite.

Et si tout le monde jouait enfin collectif, pour le bien de ce sport, pour son développement rationnel et harmonieux, et pour le respect de la masse des fans, tant attachés à l’histoire du football, à sa culture et à ses compétitions séculaires ?

Une certitude, du côté des clubs, le projet n’est pas accueilli favorablement.

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