HOMMAGE

Adieu Bernard Tapie

C’est Pierre Lescure qui l’assure, réagissant à la disparition de Bernard Tapie : « La vérité est là. Dans ma vie, j’ai rencontré peu d’hommes de cette trempe. Et c’est bien dommage. » Que l’ancien président directeur général du groupe Canal+, propriétaire à l’époque du Paris Saint-Germain, puisse porter un tel jugement élogieux sur l’ex-président de l’Olympique de Marseille vaut tous les discours. Qui ne se souvient des combats acharnés entre les deux clubs, dans les années 90 ? De ces confrontations incandescentes qui embrasèrent la vie parfois trop paisible du football français ? Pierre Lescure le sait mieux que quiconque : c’est l’énergie débordante de Bernard Tapie, lequel repoussait souvent les limites du possible, qui provoqua cette tension à peine croyable qui présidait aux « duels de l’année » et qui suscita une telle passion dans le pays.
Il faut aussi entendre Jean-Michel Aulas lorsqu’il rend hommage, de façon plus directe encore, à celui qui vient de nous quitter : « Avec ta disparition, Bernard, c’est un pan entier du football français qui s’éteint. Ta passion était un phare. Tu as montré la voie à bon nombre d’entre nous et sans toi, rien ne serait comme aujourd’hui, y compris pour l’Olympique Lyonnais. » Personne ne peut oublier, en effet, que Bernard Tapie mit le pied à l’étrier à Jean-Michel Aulas dans les années 80, comme il le fit d’ailleurs à l’attention d’autres personnalités du football, qu’il inspira et qu’il stimula.
Pierre Lescure, Jean-Michel Aulas, et tant d’autres dirigeants du football français donc qui, depuis dimanche, jour où fut annoncé le décès de Bernard Tapie, témoignent de ce qu’il représentait pour eux, et pour notre sport.
L’Olympique de Marseille de Bernard Tapie, bâti à coups de culots, d’intuitions, de souffle mais aussi de millions ; appuyé sur une volonté féroce de réussite mais également sur une volonté absolue d’art et de spectacle ; cet OM-là rêvait toujours d’aller plus loin, plus haut. De conquérir la France, de conquérir l’Europe, ce qu’il réalisa le 26 mai 1993 en remportant la Ligue des champions, de conquérir le monde.
De tous les clubs français contemporains en état de marche et de conquête, cet OM-là est celui qui honora le mieux sa très longue histoire, en restant en osmose avec un public qui aime par-dessus tout le beau, le risque, la fantaisie, voire une part de folie.
Qu’un Parisien de naissance soit à ce point adulé à Marseille pour l’avoir permis, ce n’est pas le moindre des paradoxes qui accompagna Bernard Tapie durant sa vie.
Il avait ceci de si spécial et de si particulier qu’il savait transmettre l’idée du dépassement aux gens qui l’entouraient. Homme passionné et passionnant quand il parlait de management, il faisait mieux : il insufflait ce goût de l’engagement et de la compétition qui permettait de ne reculer devant aucun défi. Quand Didier Deschamps affirme que le président de l’OM « a certainement renforcé mon esprit de compétiteur », il suggère que le titre de champion du monde acquis de haute lutte par l’équipe de France en 1998 lui revient aussi en partie.
Bernard Tapie était un tel battant qui détestait être vaincu que son mental de fer déteignait sur ses joueurs.
Sa mort, pour beaucoup, c’est toute une époque qui vous frappe en pleine face, d’un coup, un « monde d’avant » qui semble s’écrouler. Il y eut, dans ce destin si singulier, au moins cent vies dans des genres très différents, comme autant de rôles interprétés avec un brio et une fougue que même ses détracteurs les plus virulents lui ont reconnus.
Il instilla l’idée, en France, qu’un entrepreneur n’était pas forcément un tyran, et que le verbe « réussir » n’avait rien d’un gros mot.
Capable de bousculer « l’establishment », capable de lutter contre le racisme, capable de transmettre son désir d’entreprendre aux jeunes générations, capable de vivre pleinement et sans entraves sa passion du cyclisme et du football, capable de lutter pied à pied contre le cancer : la France, qui a besoin de héros qu’elle aime porter aux nues ou détester, en trouva un à sa mesure.
Le fait est qu’il aura laissé une trace dans notre société, et dans notre football plus particulièrement, une empreinte flamboyante et sulfureuse, que chacun appréciera selon ses goûts.
Car comment oublier, aussi, l’affaire de corruption du match VA-OM en 1993 qui fut responsable de sa chute, et, en 1997, le dossier dit des « comptes de l’OM », pour lesquels il sera lourdement condamné ?
Bernard Tapie sera resté l’homme d’une époque agitée, jusqu’au bout entouré du souvenir de sa légende, jamais éteinte, toujours entretenue, et d’une affection populaire totale qui valait, pour lui, plus que n’importe quelle condamnation.
Le Professeur qui, pendant quatre ans, l’aida jour après jour dans sa lutte contre le cancer, décrit son ancien patient comme quelqu’un qui ne « voulait pas se rendre, cherchant toujours entendre un espoir pour le futur. » C’est ce courage admirable contre la maladie qui força pour certains, renforça pour beaucoup d’autres, le respect infini en faveur d’un homme qui se savait au fond perdu.
Que son épouse Dominique, ses enfants et ses petits-enfants, suivant sa volonté, aient choisi le cimetière de Mazargues, à quelques minutes à pied du Stade-Vélodrome, pour ultime demeure, relève d’une décision mûrement réfléchie et hautement symbolique.
Elle prolonge la relation passionnelle, presque étouffante mais surtout éternelle, que Bernard Tapie a entretenue avec une ville tombée sous le charme de son incroyable énergie.

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