Par Denis CHAUMIER

Le président de l’UEFA Aleksander Ceferin n’a pas traîné pour réagir : alors que, dans la nuit du dimanche 18 au lundi 19 avril, sous la forme d’un communiqué de presse, douze clubs frondeurs (Real Madrid, FC Barcelone, Atlético Madrid, Manchester United, Arsenal, Chelsea, Liverpool, Manchester City, Tottenham, Juventus Turin, Milan AC, Inter Milan), annonçaient la création d’une Super Ligue, dès le lendemain un tir de barrages de l’ensemble des instances internationales (UEFA, FIFA), appuyées par toutes les fédérations européennes et les Ligues professionnelles, mettait déjà en péril ce projet de compétition privée.

L’idée était que celle-ci reposerait sur quinze clubs permanents (trois restaient à trouver) et cinq occasionnels, et générerait un maximum de ressources, plutôt que d’avoir à se fondre dans le cadre de la Ligue des champions. Le « club des douze » invoquait la « nécessité de proposer des matchs de meilleure qualité. » Une « Super Ligue féminine » était également prévue.

Adossés à la puissance financière de la banque JP Morgan, les clubs fondateurs envisageaient de se partager « de l’ordre de 3,5 milliards d’euros » dès le lancement de la compétition, sur la base des estimations de recettes télévisuelles.

Seulement, une idée ne vit pas quand elle se créée mais quand elle est partagée. Or, le front du refus a été immédiatement ample, profond, déterminé. En dehors des instances, il a mobilisé plusieurs gouvernements européens, de nombreux joueurs et entraîneurs, de même qu’une très large partie des fans, notamment en Angleterre, qui se sont élevés contre les dangers d’une compétition « de riches pour les riches » et contre un football dans lequel ils ne se reconnaissent plus. L’association continentale Football Supporters Europe a même évoqué, au sujet de la Super Ligue, le « dernier clou dans le cercueil du football européen ».

Dans son principe, la nouvelle compétition donnait en effet naissance à un entre-soi qui refusait à un faible la possibilité de se mesurer à un puissant. Elle signifiait la fin de la qualification au mérite, en excluant 99 % des clubs européens au profit d’une élite autodésignée sur le seul critère de l’argent. L’organisation pyramidale du football européen, qui garantit un certain degré de solidarité entre le sommet et la base, aurait été totalement déstabilisée.

Il est heureux que les Français et les Allemands aient manqué à l’appel, le Paris Saint-Germain et le Bayern Munich ayant refusé de participer à la fronde.

Celle-ci, au final, n’aura duré que quelques heures, le temps que les clubs anglais, en particulier, prennent enfin conscience de l’impasse dans laquelle ils s’engageaient, y compris vis-à-vis de leurs supporters.

De ce projet qui a électrisé le monde du football pendant 48 heures, que reste-t-il ? Rien, à priori, puisque la très grande majorité des protagonistes a battu en retraite, mais force est de constater que le système européen n’est qu’une mince pellicule au-dessus d’un chaos brûlant.

En attendant, le comité exécutif de l’UEFA a entériné, le 19 avril, une refonte de la Ligue des champions à l’horizon 2024. Une réforme élaborée en liens étroits avec l’ECA (l’Association européenne des clubs), qui rassemble plus de deux cents clubs, susceptibles à la fois de satisfaire les « gros clubs » et de repousser toutes les velléités de sécession. Encore deux ans à tenir…

Partager

Dernières actualités

Sur les réseaux

Aucun flux n’a été trouvé avec l’ID 4. Allez sur la page Tous les flux et sélectionnez un ID dans un flux existant.

Agenda

CODIR FU

CODIR FU

ASSEMBLEE GENERALE FU

CONVENTION DES CLUBS PROFESSIONNELS DE FOOTBALL