Par DENIS CHAUMIER

Jean-Pierre Caillot l’avait assuré le mois dernier : « Il n’est pas incompatible d’être footballeur et citoyen responsable. » Le président du Stade de Reims, par ailleurs président du Collège des clubs de Ligue 1, évoquait par ces quelques mots l’attitude remarquable des joueurs de son club (ainsi que le staff technique et le département médical), qui avaient consenti, spontanément, une baisse significative de leurs salaires de janvier à juin 2021. Des baisses qui équivalent à un mois de trésorerie, soit entre 2,7 et 3 M€, et qui représentent 20 % du salaire pour l’ensemble de l’effectif, sauf en dessous d’un certain montant, où le pourcentage est moindre.

« En tant que dirigeant, ça motive encore plus à se relever les manches et à chercher des solutions face à la crise », ajoutait Jean-Pierre Caillot qui chiffre la perte de recettes pour le Stade de Reims à environ 30 M€ pour la saison 2020-21 (20 M€ au titre des droits TV et 10 M€ liés à l’absence de billetterie et d’hospitalités). Chef d’une entreprise de transport qui emploie un petit millier de salariés, il sait parfaitement de quoi il parle en matière de budget et de gestion.

Confrontés à la crise due au Covid-19, qui impose le huis clos et réduit les recettes de billetterie à zéro depuis l’ouverture de la saison, ainsi qu’à la disparition d’une partie des droits télévisuels avec le retrait de Mediapro, les clubs professionnels doivent pourtant continuer à assumer la masse salariale des joueurs (rémunérations et cotisations sociales), qui constitue le principal poste de dépenses.

En avril 2020, lors du premier confinement, un accord-cadre avait permis de négocier un paiement échelonné des salaires. Chaque joueur avait eu la possibilité de l’accepter ou non. A l’époque, les inquiétudes se concentraient sur l’arrêt prématuré du Championnat.

Cette saison est autrement plus dramatique au plan financier : la situation globale du football français révèle une perte de 1,3 Md€ liée certes à la défaillance de Mediapro, mais surtout à la crise sanitaire. Du coup, les clubs se voient contraints de chercher à réduire les rémunérations de leurs joueurs. Ne serait-ce qu’à titre provisoire. Ce que les joueurs du Stade de Reims ont donc compris et accepté, sans aucune contrepartie, consignant leur engagement dans une lettre ouverte publiée dans le quotidien régional L’Union, le 9 février dernier :

Une position qui est loin d’être isolée parmi les clubs de Ligue 1. Si certains ont initié des discussions avec les joueurs sans encore aboutir à un résultat concret, d’autres ont d’ores et déjà réussi, au terme de négociations individuelles et collectives, à obtenir des baisses de salaires des joueurs.

C’est le cas au Racing Club de Lens en particulier qui a tenu à informer ses supporters et ses partenaires qu’un accord sur la baisse des rémunérations avait été obtenu auprès de l’ensemble des collaborateurs du club. Une décision saluée par Joseph Oughourlian : « Cet accord me rend encore plus fier d’être le président de ce club singulier aux valeurs fortes et revendiquées. »
C’est le cas également du Racing Club de Strasbourg où la majorité des joueurs a accepté une perte de salaire de 15 à 20 % sur six mois. « Cela représente peut-être 10 % de la perte du club, mais ça participe à la solidarité générale, » a expliqué Marc Keller.

C’est encore le cas au Montpellier HSC où le président Laurent Nicollin, après une négociation avec l’ensemble du vestiaire, et notamment Daniel Congré le délégué du syndicat des joueurs (UNFP), a finalisé une baisse de salaires de ses joueurs, ou de primes dans leur contrat. « Les joueurs nous aident et montrent ainsi leur attachement au club, s’est réjoui Laurent Nicollin. Cela prouve qu’il peut y avoir une solidarité et un bel esprit dans le football. J’en suis heureux et fier. »
Ajoutons que cette baisse provisoire des salaires vise aussi à préserver tous les emplois d’un club, y compris de salariés bien moins lotis que les joueurs au plan des rémunérations. Et qu’elle conforte ainsi, dans un contexte d’une extrême fragilité, le rôle des clubs dans leurs régions qui, on l’oublie trop souvent, représentent des points d’ancrage territoriaux très forts.

On n’a pas forcément une bonne image, mais on n’y peut rien. Même si on a des salaires confortables, on travaille dur et on fait beaucoup d’efforts pour y arriver. Mais on sait qu’on reste des privilégiés. Pour la plupart, on a des enfants, des gens autour de nous qui dans la vie de tous les jours sont en difficulté, au chômage partiel. Autour de moi, par exemple, des restaurateurs dont je suis proche ont été obligés de rester fermés. C’est une prise de conscience naturelle, une forme de responsabilité.

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