Par Luc ARRONDEL*

En 1990, le milieu offensif belge, Jean-Marc Bosman, est libéré de son contrat avec le Royal Football Club de Liège et désire être transféré à Dunkerque. Le club belge refuse de le laisser partir sans indemnités et le club français refuse de les payer. Le joueur saisit alors la Cour de justice des Communautés européennes qui va lui donner raison avec le célèbre « arrêt Bosman » de décembre1995. Mais les indemnités ne sont qu’une partie finalement mineure de l’histoire puisque c’est une autre décision de l’arrêt qui va marquer un point de rupture dans le monde du football : l’existence d’un quota empêchant les clubs européens d’avoir dans leurs équipes plus de trois joueurs étrangers est jugé non conforme au droit européen. Cet « arrêt » consacre définitivement la liberté de circulation des joueurs au sein de l’Union Européenne, comme n’importe quel salarié. Mais le marché du travail des footballeurs est devenu celui qui sans doute est le plus globalisé et qui fonctionne de manière totalement ouverte.

Depuis 1995, les contrats des footballeurs sont des contrats à durée déterminée (CDD) de 5 ans maximum (jusqu’au début des années 1970 et la Charte du football professionnel, les contrats étaient « à vie ») et lorsqu’un club veut acheter un joueur sous contrat, il paie des indemnités de transferts au club vendeur ; les joueurs qui ne sont pas sous contrat sont libres de changer de clubs.

« L’arrêt Bosman » marque le début d’une forte augmentation des transferts, surtout internationaux. Avant 1995, le nombre de mouvements (arrivées + départs) pour les effectifs des équipes premières en France ou en Angleterre (mais le phénomène est le même dans les autres championnats) se situaient entre 200 et 300 par an, alors qu’après cette date le nombre de mouvements oscille entre 300 et 400 par saison (+35% en moyenne). En conséquence, le nombre de joueurs internationaux qui jouent en Ligue 1 a plus que doublé sur les trente dernières années : 22% en 1990 vs. 48% aujourd’hui.

Les transactions dans le Big Five avoisinent les 6 Md€

Parallèlement, les montants des transferts se sont envolés à partir du milieu des années 1990 pour atteindre régulièrement dans les années récentes les deux milliards d’euros en Premier League et osciller entre 500 millions et un milliard d’euros en Ligue 1 (cf. graphique). Globalement, les transactions dans le Big Five avoisinent aujourd’hui les six milliards d’euros.

Mais cette inflation des transferts n’est pas due simplement à l’arrêt Bosman. Elle n’a été possible que parce le monde du football est une économie en forte croissance : depuis 1995, les revenus de la Premier League, souvent le principal acteur du mercato, ont été multipliés par six, pour approcher aujourd’hui les six milliards d’euros. Ailleurs, cette croissance a également été importante (environ 10% par saison) dans tous les championnats du Big Five. Comme la forte compétition entre les clubs pour gagner des titres est une sorte de « course à l’armement », ce sont principalement les joueurs, notamment les stars (la segmentation du marché du travail s’est accentuée), qui par leurs salaires ou leur « valeur », ont capté cette rente (entre 50 et  80% du budget des clubs européens en moyenne), issue principalement de l’augmentation considérable des droits TV et du sponsoring, mais aussi de l’arrivée dans le monde du ballon rond, des milliardaires et des États.

Montants des transferts en EPL et en Ligue 1

Source : Arrondel L. et Duhautois R. L’argent du football (à partir de Transfertmkt)

Ces évolutions ont eu également de fortes répercussions sur la nature de la formation avec aux deux extrêmes, des clubs « riches » qui achètent sans former et des clubs « pauvres » qui forment pour vendre, et avec des transferts internationaux qui concernent des joueurs de plus en plus jeunes. Depuis une vingtaine d’années, la Ligue 1 n’équilibre d’ailleurs ses comptes financiers que grâce à une balance des transferts excédentaires.

* Luc Arrondel est directeur de recherche au Centre National de Recherche Scientifique (CNRS), chercheur à l’école d’économie de Paris (PSE). Il est également professeur associé à la Paris School of Economics. Il anime le séminaire « Football et sciences sociales » (PSE-Cnam) avec Richard Duhautois avec lequel il a écrit L’Argent du football (Cepremap, 2018) et Comme les garçons : l’économie du football féminin (Éditions rue d’Ulm, 2020).

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