Par Bernard CAIAZZO*

Lorsque l’arrêt Bosman a été rendu par la Cour de justice des Communautés européennes en 1995, il répondait à un réel besoin de justice. Il était en effet difficile d’occulter le droit pour les footballeurs de circuler et de travailler librement en Europe, comme c’était le cas pour les autres travailleurs du continent. Pourquoi les en priver ?

Je pense que le problème de fond qui nous est posé collectivement, aujourd’hui, vingt-cinq ans après sa mise en œuvre, ce n’est pas l’arrêt Bosman en tant que tel. C’est la façon dont, ensuite, une fois entré en application, le monde du football s’est montré incapable d’instaurer des règles pour réguler l’évolution purement capitalistique du football, avec cette fuite en avant sur les salaires conduisant à un système « hyper-spéculatif » et à une inflation de plus en plus folle.

Il revenait aux instances internationales, à la FIFA et à l’UEFA, de contrôler cette évolution et de poser les garde-fous nécessaires pour éviter toutes formes de dérapage. Comment ? Il a beaucoup été question, à une époque, de l’introduction de la règle du 6+5 qui représentait une réponse à mon sens appropriée : sur la feuille de match, chaque club inscrivait six joueurs formés localement et cinq joueurs issus de pays étrangers, de formations ou d’académies différentes. C’était d’un certain côté adopter le principe de l’exception culturelle et assimiler le sport à la culture. Cette solution offrait de nombreux avantages. Elle aurait notamment permis de mieux réguler les flux financiers, et de maintenir une forme d’identité nationale aux championnats à laquelle le public est très attaché.

La FIFA et l’UEFA auraient également pu envisager d’autres mesures pour atténuer les effets négatifs de l’arrêt Bosman et empêcher la seule application de la loi du marché. Par exemple, créer un salary-cap, ou bien déterminer un pourcentage consacré aux salaires dans le budget des clubs. D’autres solutions auraient pu être proposées. En évoquant le salary-cap, pourquoi ne pas en exempter trois joueurs dans chaque effectif, par exemple, ou imaginer d’autres mesures de ce type ?

A l’évidence, plus que l’arrêt Bosman, c’est l’absence de mesures d’accompagnement par les autorités du football, qui n’ont pas réussi à imposer une meilleure régulation, qui doit interpeller. Car les effets négatifs de l’arrêt Bosman, qui relèvent de la responsabilité des autorités du football, nous ont conduit à la situation actuelle, passablement aberrante, dans laquelle nous nous trouvons. Si l’Europe se décidait à apporter une régulation visant à empêcher la seule application de la loi du marché, elle permettrait au football européen de parvenir à un équilibre entre les exigences de l’hyper-compétition et le respect des règles éthiques et des personnes.

* Président de Première Ligue

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