Par Denis Chaumier

De 1902 à 1995, le nombre de joueurs français quittant le pays pour tenter leur chance à l’étranger était de 92 (dont 16 depuis le début de l’année 1994 au moment où la fin de la limite à trois joueurs par club était plus ou moins annoncée). Pendant longtemps, la France n’a pas été considérée comme une nation exportatrice de ses joueurs de football. La palme revenait surtout aux pays sud-américains, le Brésil et l’Argentine en particulier, qui « envoyaient » en Europe leurs meilleurs éléments. Au début du professionnalisme, les footballeurs français passaient à peu près toute leur carrière dans la même équipe, généralement la plus proche de leur lieu de naissance. Puis, après la seconde guerre mondiale, les transferts se sont accélérés et la circulation des joueurs s’est faite à l’échelle nationale. Dans les années 80 encore, si l’on excepte les filières des ex-colonies et la filière yougoslave (qui prouvait ainsi qu’elle était plus ouverte sur l’Ouest que les autres pays communistes), il y avait peu d’étrangers dans les championnats européens. Platini, qui a rejoint la Juventus Turin en 1982, est alors l’un des rares joueurs français à évoluer à l’étranger, et encore dans le pays où il avait des racines. Dix ans plus tard, Cantona devient le premier Français à s’imposer dans le championnat anglais. Après 1995, l’un comme l’autre vont faire de nombreux émules.

Avec « l’arrêt Bosman » qui a créé, à partir de la saison 1996-1997, un marché européen ouvert, le volume de joueurs français expatriés n’a en effet cessé de s’emballer. On en recensait 36 en 1996-1997, 62 en 1998-1999, 75 en 2001-2002, 94 en 2004-2005, 96 en 2007-2008, 95 en 2008-2009, tous en poste en Angleterre, en Espagne, en Allemagne et en Italie, les quatre grands championnats européens… Une véritable hémorragie, en particulier pour les centres de formation des clubs qui ont vu leurs meilleurs jeunes partir alors qu’ils les ont formés et n’ont pu les faire jouer que quelques matchs.

Où en est-on aujourd’hui, 25 ans après l’arrêt Bosman ? Selon l’Observatoire du football du Centre International d’Étude du Sport (CIES), 148 joueurs français ont disputé, depuis le début de la saison 2020-21, au moins un match dans un des quatre grands championnats étrangers, ce qui fait de la France le pays qui compte le plus de joueurs expatriés dans le Top 5 européen, devant le Brésil (108) et l’Argentine (80), alors même que ne sont évidemment pas comptabilisés les Français opérant en Ligue 1 Uber Eats. Les joueurs français représentent le contingent d’expatriés le plus important à la fois en Premier League (47 joueurs), en Bundesliga (36), en Serie A TIM (35) et en LaLiga Santander (25). Autre révélation du CIES : les Français constituent l’origine étrangère la plus nombreuse dans huit autres pays : la Belgique, la Bulgarie, la Turquie, la Suisse, la Roumanie, le Qatar, l’Algérie et le Luxembourg, la D1 luxembourgeoise étant le championnat où se concentrent le plus de joueurs français expatriés, avec un total de 93 joueurs. A titre indicatif, enfin, les Brésiliens sont les étrangers les plus nombreux (21 joueurs) dans le championnat de France, devant les Sénégalais (14) et les Portugais (13).

A l’évidence, depuis l’entrée en application de l’arrêt Bosman, qui s’est faite sans qu’il y ait une harmonie des règles à l’échelle européenne, la France subit chaque année un exode de centaines de joueurs, en particulier ses meilleurs qui vendent leurs talents dans des clubs plus riches sur le plan européen. D’où le « décrochage » et l’effet d’appauvrissement sportif pour nos clubs, avec pour conséquence la dégradation de notre classement à l’indice UEFA.

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