Par Denis CHAUMIER

Il est difficile d’expliquer le talent phénoménal, la somme infinie de possibilités, le génie en un mot que recèle en cent soixante-trois centimètres de muscles et de cervelle un enfant prodige, comblé de tous les dons, devenu un footballeur, un capitaine de haute lignée et, pour tout dire, un joueur d’exception.

Diego Maradona s’est éteint la semaine dernière, emporté trop tôt à l’âge de 60 ans par ses excès et la démesure qui l’a souvent accompagnée durant sa vie enflammée. Mais au Panthéon des grandissimes, parmi la phalange de ceux qui ont habité le royaume du football, il restera pour l’éternité un « fils de Dieu ».

Par rapport aux champions qui impulsèrent une équipe, une sélection, une génération, Maradona apporta au jeu et au spectacle, pendant une vingtaine d’années, l’ultime dimension au sein de laquelle, à tout moment, par magie extraterrestre, la création n’a plus de limites.

Il débuta, avant d’avoir seize ans, dans le Championnat d’Argentine. Cinq saisons avec Argentinos Juniors, deux avec Boca Juniors, deux avec Barcelone, sept avec Naples, une avec Séville, deux avec Newell’s Old Boys, deux, enfin, à Boca Juniors, pour une sorte de retour aux sources, le tout agrémenté de 91 sélections avec l’équipe d’Argentine, de 1977 à 1994.

Son influence fut totale, multiforme, souterraine et apparente, le plus magnifique peut-être est qu’elle s’exprimait par la gaieté, par une joie de jouer et par une forme d’impertinence, aussi. La personnalité de Maradona, son intelligence, son appétit de connaître et de communiquer, sa chaleur humaine, apparurent en pleine lumière lors de la Coupe du monde 1986, sur le terrain et en dehors. Le football trouva d’un seul coup, au Mexique, son nouveau roi. Il le méritait et l’attendait, comme Maradona méritait son trône sans l’avoir demandé.

Il fut le seul à emmener derrière lui une équipe et à la rendre meilleure qu’elle n’était, au point de laisser croire qu’avec Maradona n’importe laquelle aurait décroché la timbale. Sauf peut-être le Luxembourg, mais ce n’était même pas certain.

Le récital de Maradona influença tous les matches joués par l’Argentine. Les statistiques montrèrent qu’en quatorze actions décisives de la sélection argentine, Maradona fut impliqué douze fois, soit dans l’élaboration, soit dans la conclusion. Même l’immense Pelé ne réussit pas, en une seule Coupe du monde, à être aussi efficient.

Les Anglais parlèrent à son sujet de « The One Man Band », l’orchestre d’un seul homme. Ils n’avaient pas tort. Car Maradona, au fil du temps, avait élargi son domaine : le soliste prit de plus en plus goût au pupitre de chef d’orchestre, tout en ayant cette capacité à faire basculer un résultat. En une action ou un coup de pied. Dans le mouvement ou arrêté. Collectivement ou individuellement. En un instant, porté par son génie, son mental et son pied gauche d’or, il échappait aux mortels et faisait naître la légende. Sa légende.

Maradona a toujours fait ce qu’il voulait. C’était un chef d’Etat, l’Etat en question étant le sien. Il avait ses conseillers et ses experts, mais surtout son intuition et sa volonté. Sa volonté était d’être un homme le plus libre possible, donc d’échapper aux contraintes. Celles de la diététique, du sommeil programmé, des entraînements, des mises au vert, de la polémique, de l’autorité. Il ne supportait pas les pressions inutiles.

Trop gros, trop noceur, trop gaspilleur, et pas assez respectueux des règles élémentaires d’hygiène de vie et de préparation ? C’était vrai. Mais cela faisait bien rire ses adversaires qui voyaient souvent face à eux un Maradona magique, aux impulsions et aux gestes surnaturels, donnant au jeu des accélérations et une dimension rarissimes.

Diego Maradona avait besoin de motivation pour s’épanouir et son art exprimé était fonction de l’importance de l’objectif. Champion d’Italie à Naples, champion du monde (et capitaine) avec l’Argentine, vainqueur d’une Coupe européenne de clubs avec Naples : il s’agissait là d’objectifs qui encourageaient le phénomène à remuer ses kilos, à velouter son pied gauche et à enchanter le jeu.

Maradona n’était génial que dans la transcendantale footballistique. Le reste était laissé à la valetaille. En devenant une star du ballon, il ne s’était jamais départi de sa culture populaire instinctive, frustrée, rebelle et jouisseuse. Il avait mis volontairement une barrière à son évolution d’homme tout en donnant à son clan les moyens de dire merde à l’honorable société. Il le dira, un jour, à la face du monde : « Je n’ai jamais eu la prétention et l’envie d’être un exemple. » D’une certaine manière, le footballeur Maradona était trop grand pour l’homme Maradona. Il n’avait qu’un respect relatif de son personnage, même s’il avait une conscience aiguë de ce qu’il représentait. A chaque intersaison, ses « bâfreries » et ses nuits folles lui faisaient prendre de 10 à 15 kilos. Qu’il perdait dans un institut spécialisé, privé de fromage et de gâteaux au miel.

Il n’était pas un parangon de vertu ? Certes, mais sur une jambe, avec un oeil et un sac à dos, Diego a toujours été un as du tango.

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